Lettre Professeur des écoles
L’échec scolaire dans le premier degré n’est plus, comme il y a cinquante ans, un fâcheux épisode dans le parcours d’un élève. Il marque souvent, de nos jours, le point de départ d’une trajectoire de vie particulièrement fragilisée. Lorsqu’il se manifeste à grande échelle, comme en témoignent les résultats des enquêtes PISA, il annonce les prémices d’un avenir préoccupant pour l’ensemble de la société.
Pourtant, l’échec scolaire n’a rien d’une fatalité. Il ne saurait être réduit, comme on tente parfois de le faire croire, aux seuls effets des écrans, des difficultés familiales ou de l’évolution des mœurs. Pour le SNALC, ce qui accable avant tout la réussite des élèves se trouve dans le fonctionnement même du système scolaire actuel. Pour comprendre l’échec scolaire et s’y attaquer, il faut interroger les décisions politiques et les choix de notre institution.
L’instabilité de notre système éducatif est devenue chronique. Les orientations ministérielles évoluent au gré des alternances et des impératifs politiques, les réformes s’enchaînent, les programmes sont sans cesse remaniés. Mesures et dispositifs nouveaux fleurissent, puis s’imposent, sans réelle concertation et sans que celles et ceux qui les mettent en œuvre au quotidien aient véritablement été entendus. Confronté à une instabilité permanente, le professeur des écoles doit sans cesse remettre en question ses pratiques pédagogiques, au point qu’elles finissent par perdre toute pertinence.
Les gouvernements et les ministères qui se sont succédé ces dernières années feignent d’ignorer les réalités du terrain. Ce que notre institution impose aujourd’hui aux enseignants ne répond ni à leurs besoins, ni à ceux des élèves. Les résultats de PISA en sont l’illustration claire. Depuis des années, des choix sont faits, des choix descendants et mauvais, avec pour objectif de tenter d’améliorer l’existant sans jamais interroger les fondements du système. Or, c’est précisément cet existant qui est en cause : à force d’empiler les réformes inadaptées, il a perdu sa cohérence, son sens et sa capacité à évoluer. Un système qui ne fonctionne plus ne se corrige pas à la marge, il se repense en profondeur.
Et pour cause, à force d’utiliser l’école pour pallier les insuffisances de notre société, l’institution a fini par l’asphyxier et par en faire la chambre d’écho de ses dysfonctionnements. Le professeur est devenu celui qui, en plus de sa mission première d’enseignement, doit veiller à compenser les carences éducatives, les fractures sociales et les démissions de la société. Ce transfert de responsabilités est tout simplement intenable et il éloigne progressivement les enseignants de l’essentiel. On demande au professeur des écoles d’être tour à tour médiateur, éducateur, assistant social, infirmier, médecin, psychologue… La durée quotidienne d’enseignement est réduite à peau de chagrin et les élèves se retrouvent privés du temps indispensable pour apprendre, du temps pour se construire.
Dès lors, faut-il s’étonner de voir le niveau scolaire s’effondrer ? Faut-il s’étonner de voir des professeurs, démotivés et épuisés, abandonner le navire ? Faut-il s’étonner de voir notre jeunesse perdre ses repères, oublier ce que sont le respect d’autrui, le sens du travail et les valeurs de la République, et se révolter contre un système éducatif qui n’est plus à la hauteur et qui les a abandonnés ?
L’Éducation nationale a aujourd’hui besoin d’être repensée, et notre École d’être reconstruite. Pour le SNALC, le système a atteint ses limites. Il est temps de changer de regard, de redonner à l’École de l’ambition, à nos élèves un avenir et à notre profession une place centrale. Il est temps, en 2026, de tirer les leçons des erreurs passées pour ne plus les reproduire. Il est temps de changer les choses : aux élections professionnelles de décembre, votez SNALC.
Christophe GRUSON,
secrétaire national SNALC chargé du premier degré





