Lettre Professeur des écoles
Gérer les épisodes de canicule dans les classes sans les moyens adéquats relève de la gageure. Le guide publié par le ministère tient davantage du rappel élémentaire que d’une réelle stratégie adaptée à la réalité des écoles. Aérer les salles, veiller à l’hydratation régulière des élèves : ces consignes, aussi sensées soient-elles, demeurent largement insuffisantes, quand elles ne sont pas inapplicables. Elles font abstraction des conditions matérielles des locaux et de l’inadaptation structurelle du bâti scolaire. Manque d’aération, fenêtres condamnées pour des raisons de sécurité, absence de rideaux ou de persiennes, absence de fontaines à eau, points d’eau impropres à la consommation ou hors service : autant de situations qui confrontent l’enseignant à une gestion particulièrement difficile de la classe dans les conditions extrêmes que nous connaissons en cette fin d’année.
Lorsque la température en classe dépasse les 30 degrés, seuil que la circulaire ministérielle considère elle-même comme dangereux pour l’organisme, quatre options sont envisageables mais aucune ne relève de la décision de l’enseignant :
- La réfection immédiate des locaux pour les rendre suffisamment isolés, solution coûteuse pour les communes et impossible sur le court terme ;
- L’installation d’une climatisation en un temps record, mêmes contraintes budgétaires et temporelles ;
- La fermeture des écoles, ce qui a été partiellement décidé sur le territoire pour ce second épisode de canicule. Tout en sachant que cela fait peser une charge supplémentaire sur les familles ;
- Le maintien de l’accueil des élèves avec un rappel des règles de base, au prix d’un risque assumé.
Faute de solution efficace, rapide et non coûteuse, c’est souvent cette dernière voie qui est retenue avec un risque avéré pour la santé des enfants et des enseignants.
Pourtant, les problèmes liés à la canicule ne datent pas d’aujourd’hui, alors que l’épisode du Covid-19 et l’impréparation du pays ne semblent pas avoir servi de leçon.
Le problème de fond concernant les écoles réside dans l’inaction des collectivités locales, le plus souvent faute de budget. L’enquête sur la sécurité des écoles menée par le SNALC en 2025 a révélé de graves dysfonctionnements et un véritable laisser-aller de nombreuses municipalités. Remplacer un carreau cassé ou changer le verrou d’une porte demande parfois plusieurs semaines ; parfois, ces réparations finissent simplement par ne jamais être effectuées. Dans ces conditions, espérer que des municipalités engagent les travaux nécessaires pour « seulement quelques jours de chaleur dans l’année » relève de l’illusion. L’argument avancé sera imparable : le coût sera beaucoup trop élevé.
Pour autant, cette situation est inacceptable pour le SNALC. En cas d’incident affectant un élève victime de la chaleur, l’enseignant ne saurait être tenu responsable lorsque la décision de maintenir les écoles ouvertes émane des acteurs politiques compétents, notamment le maire ou le préfet. Nul doute que dans cette situation, c’est assurément la mise en œuvre des mesures essentielles qui sera passée au crible : les élèves ont-ils disposé de suffisamment d’eau ? Les fenêtres étaient-elles ouvertes, et ce, depuis quelle heure ? Pourquoi ne pas avoir décidé de sortir les élèves de la classe ? Autant de questions qui font peser sur l’enseignant une énorme responsabilité.
Le SNALC rappelle qu’en cas de difficulté médicale grave de l’enseignant liée aux chaleurs extrêmes, celui-ci peut invoquer son droit de retrait. De même, lorsque la santé d’un ou de plusieurs élèves se trouve directement menacée, l’enseignant peut faire valoir l’application de l’état de nécessité. Ces deux mesures doivent bien entendu être prises pour des raisons probantes et dans une juste proportion.
Le SNALC réaffirme son exigence : la sécurité des élèves et la protection des personnels ne peuvent reposer ni sur l’improvisation, ni sur le report de responsabilité vers les enseignants. Elles appellent des moyens concrets et une prise en charge effective par les pouvoirs publics et les collectivités.
Christophe GRUSON,
secrétaire national SNALC chargé du premier degré





