Lettre Professeur des écoles
Lorsqu’il est question d’insécurité, l’on pense spontanément à la sécurité physique de l’individu ou de la société dans son ensemble. Si celle-ci est le plus souvent associée à une atteinte de l’intégrité corporelle, elle peut également faire référence à un état de vulnérabilité psychologique ou émotionnelle, souvent causé par des facteurs comme le stress, l’anxiété, l’incertitude ou un environnement instable. Aujourd’hui, le manque de sérénité dans nos écoles et nos classes instaure un sentiment d’insécurité constant dans l’exercice du métier de professeur.
Pourtant, à en croire les dires de nos responsables politiques, toutes les mesures sont prises pour permettre aux enseignants d’exercer leur mission dans un climat scolaire serein. Il n’y a en effet aucune raison pour un professeur de ressentir la moindre insécurité…
- Au cours de sa carrière, le professeur pourra compter sur le soutien indéfectible de l’institution, en particulier si, par malheur, il devait un jour faire face à des parents mal intentionnés. Mais qu’il se rassure : aucune pression extérieure ne viendra perturber son travail, il ne sera victime d’aucune incivilité, et aucune menace ne sera proférée à son encontre.
- Le professeur des écoles aura la certitude de ne jamais être convoqué par l’IEN sans explication préalable ou encore d’être présumé coupable par l’institution d’une faute ou d’une erreur qu’il n’aurait pas commise.
- Il pourra travailler en toute sérénité et s’investir pleinement dans sa classe, sans craindre d’être contraint de changer d’école à la suite d’une mesure de carte scolaire injustifiée, ou encore de voir sa spécialisation ou sa mission, pourtant essentielle, disparaître en raison d’une décision ministérielle.
- Sa progression de carrière sera équitable, et valorisera son investissement professionnel. Il pourra également se sentir financièrement en sécurité, avec l’assurance d’un salaire décent qui lui garantira une retraite digne.
- La vie de famille du professeur sera une priorité pour l’institution. Ainsi, il pourra changer de département sans difficulté pour se rapprocher de ses enfants, sans attendre une décennie, et cela quelle que soit l’académie concernée.
- La santé des enseignants sera également une priorité : ils auront tous la possibilité d’être reçus (en plus de leur visite médicale annuelle) rapidement par la médecine du travail et auront droit à des autorisations d’absence pour se soigner.
- Dans sa classe, le professeur bénéficiera de tout le soutien nécessaire pour accompagner les élèves à besoins éducatifs particuliers. Il n’aura pas à gérer seul des élèves parfois dangereux ou imprévisibles, car l’école inclusive aura mis en place toutes les mesures nécessaires pour garantir la sécurité de chacun dans la classe.
- Il ne sera pas contraint de suivre des formations inutiles, mais pourra profiter de formations pertinentes et adaptées pour parvenir à gérer toutes les situations complexes. En cas de débordement d’élèves, il pourra compter sur la coopération bienveillante des parents, et être rassuré sur le fait que l’institution mobilisera rapidement les ressources nécessaires pour aider les élèves en grande difficulté lorsque la situation l’exigera.
Si seulement…
Le SNALC déplore que la réalité soit tout autre. Tout professeur des écoles titulaire ou non connaîtra un sentiment d’insécurité tout au long de sa carrière.
En dépit des engagements annoncés, affichés dans des textes comme la note de service du 4 décembre 2024, annonçant des mesures en faveur de la « tranquillité scolaire », le quotidien des professeurs des écoles reste très éloigné de ces ambitions. Le sentiment d’insécurité de l’enseignant commence dès le premier jour de classe de sa carrière et ne le quitte plus jamais.
Ce qui était une profession attirante, voire enviable, est devenu un véritable défi au quotidien. Le stress, désormais omniprésent, combiné à des conditions de travail éprouvantes et une insécurité institutionnalisée, pèse lourdement sur la profession. Qui accepterait de s’engager dans une profession aussi anxiogène, d’autant plus lorsque la rémunération ne reflète en rien l’investissement à fournir et les responsabilités à porter ?
Christophe GRUSON,
Secrétaire national SNALC premier degré
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